jeudi, 31 juillet 2008
Plan Renault
5 à 6000 suppressions d'emploi en France, dont 1000 à l'usine de Sandouville liés au passage à 1 équipe (2 actuellement). C'est l'estimation du nombre de départs volontaires induits par les mesures annoncées la semaine dernière par Carlos Ghosn, PDG de Renault.
Celui-ci a annoncé qu'il n'atteindrait probablement pas le dernier des 3 objectifs de son "contrat 2009", à savoir +800 000 véhicules vendus/an, et ce en raison principalement de problèmes de production en Iran et de la chute du marché Européen, Espagne et Italie en tête.
Les deux premiers objectifs (qualité de la Laguna dans le top 3, marge opérationnelle de 6%) sont toujours d'actualité pour 2009, mais une économie de l'ordre de 350M€ serait nécessaire pour atteindre 6% de marge opérationnelle en 2009.
Pour un chiffre d'affaire de l'ordre de 40 milliards d'euros, l'ojectif de 6% de marge opérationnelle représente 2,4 milliards d'euros. Peut-on proposer le départ de 5000 personnes pour économiser 350M€ et faire passer une marge opérationnelle de 2,05 à 2,4 milliards d'euros, surtout quand on dit qu'il s'agit de traverser une "tempête passagère" ? Tout celà pour respecter un engagement pris il y a un peu plus de 2 ans et pour devenir "le constructeur généraliste le plus rentable" ? On peut se poser la question, même s'il faut relativiser car :
- l'industrie automobile est dans un contexte difficile qui devrait voir des fusions ou rapprochements, et les entreprises qui ne veulent pas se faire racheter se doivent de maintenir une bonne rentabilité pour maintenir une action haute, faute de devenir OPAbles...
- il s'agit de départs volontaires (en tout cas pour l'instant)
Il est pas contre curieux de lire partout dans la presse que les modèles Renault ne se vendent pas bien, alors que les volumes ont augmenté de +4,3% en 2008 dans un contexte pourtant difficile, même si la Laguna III, dont les qualités sont reconnues, ne se vend pas aussi bien que prévu (60000 vendus en 1 semestre pour un obectif annuel à 160 000), sans doute à cause de la dégradation du segment des grosses berlines notamment due à la prise de conscience environnementale des consommateurs.
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samedi, 26 juillet 2008
Affaire Tapie : réponse de François Bayrou
François Bayrou répond dans Le Monde aux propose de Bernard Tapie suite à la procédure d'arbitrage qui a conclut au remboursement de 285 millions d'euros à l'intéressé.
Pour voir l'article, cliquer ici.
20:18 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tapie, bayrou, 285 millions
mercredi, 23 juillet 2008
Temps de travail des cadres et délocalisations
Une loi est en cours de ratification et devrait être ratifiée ce soir : le passage à un temps travail annuel de 235 jours pour les cadres au forfait de jours. La loi vise à instaurer un temps de travail maximum qui supprime tous les RTT et tous les jours férié sauf l'un d'entre eux, le 1er mai par exemple.
Pourquoi les cadres sont-ils aujourd'hui dans le collimateur de Sarkozy et des dirigeants d'entreprise ?
C'est assez simple. Les technologies se complexifient, et donc nécessitent plus d'ingénieurs d'études. Leur coût se voit donc plus dans les comptes de résultats. Et les dirigeants s'intéressent donc de plus en plus à leur optimisation pour améliorer les profits. Ainsi, tout comme le taylorisme et ses dérivés l'ont fait jadis pour les ouvriers, on s'intéresse maintenant à "optimiser", "industrialiser" le travail des cadres : méthodes, processus formalisés, certifications.... leur fonction se mécanise, il deviennent des "ouvriers intellectuels".
Il y a en outre un double intérêt à formaliser et mécaniser: au delà du gain en productivité, un travail bien cadré et bien formalisé est plus facilement délocalisable. Et pas besoin d'être polytechnicien pour comprendre qu'il est plus facile de délocaliser 1000 ingénieurs qui ne nécessitent chacun qu'un bureau et un ordinateur et produisent des documents informatiques partageables instantanément dans le monde entier, plutôt que de délocaliser une usine dont la construction implique des investissements industriels, des infrastructures routières, des fournisseurs. Ainsi voit-on des entreprises délocaliser les développements informatiques en Inde, une partie de leur ingénierie, et ce beaucoup plus facilement que leurs usines.
Comment lutter ?
Pas par du protectionisme. Car si contre la délocalisation des usines on peut imaginer un protectionisme douanier, sur la production de travail intellectuel dématérialisé, c'est impossible. Ainsi les propositions de "protectionisme européens", qui pourraient sauver des emplois ouvriers en France, ne seraient probablement pas efficaces pour sauver des emplois d'ingénierie.
Faute de vouloir envisager une réduction de salaires comme l'a fait l'Allemagne, on augmente le temps de travail, ce qui certes augmente la productivité apparente, mais détruit des vies de famille, voire des vies tout court (stress, anxiété, dépression). L'augmentation du temps de travail des cadres est surtout non officielle via le concept de "forfait jour". Les cadres qui ne pointent pas atteignent fréquemment les 50 voire 60 heures par semaine.
Or aujourd'hui, un jeune cadre kinenveut qui fait 50 heures par semaine (10h/jours) pour 30 000€ par an, s'il travaille comme actuellement 218 jours, travail pour un tarif horaire de 12€ (au lieu de plus de 19€ s'il ne travaillait que 35h/semaine). S'il travaille 10 heures le week-end en plus car il a des objectifs ambitieux à atteindre, le tarif horaire descend à 11 euros. L'écart se resserre avec le SMIC, qui est à 8,71€/heure ! Et de plus, malgré ces efforts qui ruinent des vies personnelles, le coût d'un ingénieur européen restera bien supérieur à celui d'un ingénieur indien. Si ce dernier a les mêmes compétences, ce qui est de plus en plus le cas, rien ne pourra donc empêcher les délocalisations.
On peut être optimiste et se dire que cette phase sera transitoire, le temps que le monde s'équilibre et les salaires s'homogénéisent : c'est déjà un peu le cas, et en Inde les salaires grimpent vite. Mais si pendant cette phase transitoire nous -français, européens- perdons nos compétences de pointe car nous les délocalisons, nous ne préparons pas un futur facile, c'est un euphémisme : lorsque les salaires seront équilibrés nous serons alors moins compétents et donc moins compétitifs. Une page aura été tournée, celle de la supériorité technologique du monde "occidental". Il faut en tout cas défendre le maintien d'une industrie en Europe.

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mardi, 24 juin 2008
Europe et crise financière : la BCE, assureur militant ?
L'hebdo Marianne publie une chronique intéressante sur la place et le rôle de l'Europe : "l'Europe peut-elle protéger de la crise financière ?"
L'auteur rappelle d'abord que démographiquement l'Europe va passer de 20% de la population mondiale en 1900 à 4% en 2100.
Pour lui, les guerres qui ont déchiré l'Europe étaient issues des nationalismes, et l'Europe est née du refus de la guerre. Les refus de l'Europe sont ainsi en quelque sorte des retours aux nationalismes, perçus comme les derniers remparts contre le libéralisme et la mondialisation, deux mots (maux?) dont l'Europe serait le Cheval de Troie.
Pour conquérir les Européens, l'Europe devrait donc selon lui les protéger des crises financières. Or la cause principale de la crise est la faiblesse structurelle des contrôles du monde financier, les contrôleurs étant payés par les contrôlés !
L'Europe devrait donc mieux contrôler, selon lui. Et elle en serait bien loin aujourd'hui, à l'image de la BCE, qui en injectant des liquidités pour pallier à la crise joue plutôt un rôle d'assureur que de superviseur. Un peu comme si après qu'un chauffard ait brûlé un feu rouge et causé un accident, non seulement on ne lui infligeait pas d'amende, mais en plus on lui réparait sa voiture gratis, et en plus avec l'argent des victimes !
03:04 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, subprime, bce
samedi, 24 mai 2008
Pour une vrai mutation de la filière pêche
Michel Barnier vient d'annoncer une mesure garantissant un prix du gazole à 40c€ le litre aux pêcheurs, de façon définitive (interview sur
) Si on comprend bien une telle mesure comme "mesure d'urgence", on peut s'interroger sur la cohérence d'un gouvernement dont le premier ministre déclarait il y a peu de temps qu'il ne ferait rien pour réduire le prix de l'essence pour le transport routier (ce que j'approuve), mais fait le contraire vis à vis des pêcheurs. Et on peut s'inquiéter du caractère définitif d'une telle mesure, qui risque de retarder la mutation indispensable de la pêche française en lui permettant de survivre "en l'état".
Car ce dont a besoin la pêche française n'est pas uniquement d'un nième plan d'urgence, mais d'une vraie réforme structurelle ! Pour deux raisons :
La première raison est économique et sociale : le poisson français n'est pas compétitif, l'est de moins en moins, et si rien n'est fait la tendance ne va pas s'inverser :
D'abord, car la pêche française est très dépendante du pétrole. A la fois car elle utilise beacoup la pêche au chalut, et tirer un lourd chalut longuement nécessite 2 à 3 fois plus de fuel que les autres méthodes (casiers, sennes). Mais aussi car la flotte utilise peu voire pas du tout les énergies alternatives : vent, solaire...
Ensuite, car la pêche au large doit de plus en plus investir dans des moyens compliqués pour pallier à la raréfaction de la ressource en poisson : électronique, sonars.. tandis que d'autres pays ont de plus en plus recours à l'élevage.
Enfin, car les quotas et les contraintes sur les méthodes de pêche ne sont pas les mêmes pour tous. Par exemple, l'Europe se fixe un quota de pêche au cabillaud de 35 000 tonnes par an, quand les USA et la Norvège se fixent une limite à 640 000 tonnes par an.
La seconde raison pour réformer la pêche est écologique, c'est la disparition de plusieurs espèces, ou leur mutation génétique (les poissons sont de plus en plus petits) :
De façon évidente, car au niveau mondial, la demande en poisson augmente avec la croissance démographique.
Mais aussi car la pêche se focalise sur une vingtaine d'espèces alors que l'océan en compte des centaines. Il faut répartir la pêche sur plus d'espèces, en allant peut être plus au large.
Et enfin car on ne fait pas encore assez d'élevage. Il faut notamment augmenter les efforts de recherche dans le domaine de l'halieutique pour évaluer l'adaptabilité de nouvelles espèces à l'élevage. Celà fait longtemps que le gibier de chasse ne constitue plus l'essentiel de la viande de consommation courante, la mutation de la pêche dans le même sens semble inévitable.
En conclusion, plutôt que de subventionner le pétrole, l'argent du contribuable devrait plutôt aider les pêcheurs à engager une vraie mutation :
- Evoluer vers plus d'élevage (la France est en retard)
- Investir dans des techniques et moyens moins gourmands en carburant (moins de chaluts, d'autres énergies)
- Se diversifier vers de nouvelles espèces.
Et pour que la concurrence soit juste et équitable, la question doit être discutée à un niveau au moins continental, entre TOUS les acteurs d'un même écosystème : par exemple les mesures européennes ne peuvent être prises sans la Norvège, même si cette dernière ne fait pas partie de l'Union.
(Sources principales :
"La crise du gazole révèle les failles de la pêche française", Le Monde, 20.05.08
"Si le métier de marins-pêcheurs n'évolue pas, il est voué à disparaître", Le Monde 21.05.08)
08:54 Publié dans Economie, Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pêche, pétrole, poisson, senne, casiers, filets, élevage
lundi, 12 mai 2008
Pétrole : un problème de débit
On se souvient tous des problèmes de robinets sur lesquels nous avons planché à l'école primaire... La crise du pétrole n'est pas loin d'être un problème similaire.
En effet il y a encore quelques années, le discours se voulait rassurant : il y a encore du pétrole pour 100 ans, pas la peine de s'inquiéter, il suffit de payer un peu plus en R&D (recherche & développement) pour aller le chercher plus profond ou moins pur.
Mais il y a deux limites désormais bien reconnues à ce raisonnement :
Première limite : l'économie du pétrole se base sur le "débit" = la production annuelle. Si la demande augmente mais pas le débit, il y a problème, et ce indépendamment des réserves : la taille du puit n'est pas la taille du seau pour sortir l'eau du puit. Comme le montre le graphe ci contre, la crise ne commencera donc pas le jour ou la dernière goutte sortira d'un puit (point n°3), mais bien avant. On identifie classiquemet aujourd'hui ce qu'on appelle le "pic de production" (point n°2) i.e. le jour où la production commencera à décroître. Le problème survient un peu avant (point n°1), lorsque la production commence à ne plus satisfaire la croissance du besoin. J'ai situé ce point en 2007 mais les experts ne sont pas tous d'accord sur les dates. A noter que les réserves extractibles sont représentées par la surface en gris.
Seconde limite : augmenter le débit (augmenter la hauteur du pic de production) et augmenter les réserves de pétrole extractibles (reculer la date de la dernière goutte) n'est pas qu'une question d'investissement dans la prospection : à partir du moment où pour produire une tonne de pétrole il faut physiquement une quantité d'énergie supérieure à une tonne équivalent pétrole (TEP), il n'y a pas vraiment lieu de l'extraire car le bilan énergétique est négatif...
L'écart entre le besoin et la production de pétrole (courbes bleue et verte) doit donc être progressivement comblé par des autres énergies. Il s'agit bien des autres énergies : car contrairement à ce qu'on a voulu nous faire croire, le pétrole n'aura pas un remplaçant, mais une multitudes de remplaçants : économies d'énergies, nucléaire (un certain temps seulement car tout le comme le pétrole l'uranium est en stock limité), soleil, vent, gravité (barrages), géothermie, biomasse... des solutions variées plus ou moins adaptés suivant les régions et les types de besoins. A plus long terme peut-être que la fusion nucléaire offrirait une énergie quasi illimitée, mais rien n'est moins sûr (c'est l'ambition du projet ITER, qui laisse certains scientifiques sceptiques, mais qui a mon sens vaut sans doute le coup d'être tenté tant un résultat positif révolutionnerait le domaine de l'énergie, et à condition que celà n'empêche pas d'investir à plus court terme pour remplacer le pétrole)
Sur le sujet je ne saurais que recommander l'ouvrage "la vie après le pétrole" qui me semble être une bonne synthèse.
Et pour terminer, un petit zoom sur le problème actuel des bio-carburants : alors que (presque) tout le monde préconisait l'usage de bio-éthanol il y a peu, voilà que les écologistes manifestent contre les bio-carburants accusés de tous les maux notamment la hausse des prix du blé, du maïs... C'est un peu vrai et c'est lié à des excès comme au Brésil ou aux Etats-Unis. Mais utilisé comme celà est préconisé par exemple en Europe en exploitant au mieux les terres en friche (sans dépasser quelques % de la production je crois), celà ne génèrerait pas ce type de problème. De grâce, ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain... Il faudrait d'ailleurs aussi appliquer les mêmes règles que pour l'alimentaire en ce qui concerne les pesticides et engrais de façon à garder les terres utilisables pour l'alimentaire si besoin (réversibilité), mais c'est encore un autre sujet...
16:24 Publié dans Economie, Environnement | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pétrole, pic de production, tep, crise
vendredi, 09 mai 2008
Crise financière : on joue plus facilement avec l'argent des autres qu'avec le sien
Dans un article intéressant, le quotidien Monde explique le pourquoi de la crise financière actuelle : une assymétrie entre la perspective de gain et le risque de perte pour le financier.
Les gains personnels des gestionnaires financiers peuvent être proportionnels aux bénéfices qu'ils génèrent pour leurs clients, mais leurs pertes n'excèdent souvent pas leur emploi et leur réputation.
De même, la crise des subprimes s'explique aussi par le fait que les banques, qui transféraient leurs crédits risqués aux marchés financiers chargés de gérer le recouvrement, étaient moins scrupuleuses sur la sélection des clients : elles encaissaient le gain lors de l'achat du crédit, mais ne supportaient pas l'éventuel risque.
Le monde financier n'a donc pas besoin d'être régulé par une intervention de l'Etat dans son fonctionnement opérationnel, mais a besoin d'être encore plus surveillé pour prévenir de telles dérives d'organisation, et ajuster les règles de fonctionnement si besoin.
(J'en profite pour rendre un petit hommage à Jacques Villeret)
08:08 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hedge funds, subprimes, effet de levier, crise, banques
samedi, 19 avril 2008
Soylent Green
La croissance des pays émergents a un point positif et non des moindres : elle contribue à augmenter le niveau de vie moyen des pays émergents, à réduire l'écart avec les pays occidentaux.
Malheureusement, elle est à l'origine de pas mal de problèmes aussi. J'ai tenté d'en résumer les mécanismes dans le graphique de synthèse ci-contre. N'hésitez pas à commenter pour que tout cela se peaufine et s'enrichisse.
On voit, sur le schéma, des effets directs de la croissance, et des effets indirects.
Les 3 effets directs sont assez simples.
D'abord, la croissance économique des pays émergents génère de l'inflation en augmentant la demande mondiale en matières premières pour les industries (pétrole, acier, étain...), même si cette hausse est en partie compensée par de la productivité.
Ensuite, la croissance industrielle augmente la pollution (terre, eau, air notamment avec les GES*). L'environnement n'est pas la priorité des pays émergents en pleine croissance, même si celà commence à venir, par exemple en Inde, où les normes environnementales sont drastiques... mais uniquement pour les entreprises étrangères !
Enfin, la croissance démographique et l'augmentation du niveau de vie augmente la demande en produits agricoles, et donc les prix. Cette inflation "de marché" s'ajoute à l'inflation naturelle engendrée par l'augmentation des prix de l'énergie (les engrais et les transports comptent dans les prix agricoles...).
Il y a ensuite 2 effets indirects principaux.
Le premier, c'est celui lié au développement des bio-carburants, l'une des solutions mises en oeuvre pour faire face à la raréfaction du pétrole et la pollution. Il s'agit d'éthanol produit à parti de canne à sucre, maïs, betterave... Et parfois, ces cultures empiétent sur des surfaces agricoles alimentaires. Celles-ci sont donc réduites d'autant, à moins que, comme au Brésil, on déforeste pour étendre les surfaces agricoles (**). Autre phénomène quand on remplace du blé alimentaire par du maïs pour faire de l'éthanol, cela augmente beaucoup le besoin en eau, une ressource aussi de plus en plus rare et chère... Bref, le développement des bio-carburants aboutit a des effets écologiques inattendus car le marché est allé trop loin : le bio-carburant n'est pas le remplaçant du pétrole, mais l'un des compléments/remplaçants du pétrole.
Le second effet indirect, accusé par certains d'être la principale cause de l'emballement des prix agricoles sur le marché mondial, c'est le comportement de certains pays exportateurs déjà évoqué dans plusieurs notes de ce blog (Egypte pour le riz par exemple) : craignant une pénurie, il se replient sur eux-même, en diminuant ou même supprimant leurs exportations de certains produits agricoles de base. Ces annonces "nationalistes" ont bien sûr un effet dévastateur sur les marchés : les prix s'envolent, ce qui incite à encore plus de restrictions d'exportations, etc. : c'est un cercle vicieux.
Au final nous avons d'une part en occident une inflation qui accroit les inégalités car elle touche aux produits de base, et d'autre part dans les pays les plus pauvres, des risques de famines dramatiques, voire d'émeutes, comme à Haïti. Par la voix de son directeur général Dominique Strauss-Kahn, le Fonds monétaire international (FMI) prédit d'ailleurs des "conséquences terribles" à la hausse des prix des denrées.
Que faire ? On parle d'aide humanitaire et d'aide d'urgence, mais ce ne sont que des palliatifs court-terme, certes sans doute indispensables. Pour traiter le fond des problèmes, une vision systémique complète est indispensable, mais difficile à construire car elle requiert la collaboration de nombreux experts et décideurs de domaines différents. Un "Grenelle mondial développement durable" (économie, social, et environnement) serait sans doute une bonne manière d'avancer, s'il est suivi des actes.

vision d'un monde où les problèmes de nutrition ont été réglés d'une façon...
...comment dire... "originale".
(*) GES : Gaz à Effet de Serre, responsable du réchauffement climatique
(**) Dans le même ordre d'idée, on pourrait se demander quels effets aurait une généralisation trop rapide du Bio, dont on sait que le rendement est inférieur et qui donc nécessite plus de surface pour une production identique.
21:32 Publié dans Affaires étrangères, Economie, Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : famine, soleil vert, ethanol, bio-carburants, croissance, pollution, inflation
jeudi, 17 avril 2008
Représentativité des syndicats : la CGT approuve la réforme
C'est suffisamment rare pour mériter d'être signalé : la CGT est le premier syndicat à approuver la réforme sur la représentativité des syndicats, que j'évoquais hier.
Bernard Thibault en a profité pour critiquer sans les nommer la possible fusion CFE-CGC + UNSA, qui pour lui relèverait de la politique d'appareils plus que de la volonté des salariés eux-mêmes.
23:20 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cgt, syndicats, représentativité
Les mots du jour : inflation & stress
Cette semaine, je suis en formation professionnelle dans une école de la catégorie qu'on appelait autrefois "de commerce" mais qui s'appelle aujourd'hui "de management". Aujourd'hui, l'un des cours portait sur la gestion du stress, le sien, mais aussi celui des autres. Un phénomène médiatisé par de récents suicides, qui ne sont en fait que la partie immergée d'un énorme iceberg. Un énorme iceberg qui contrairement à celui des pôles, ne fond pas, lui, mais au contraire, grossit. Et la France est très en retard sur le sujet, par rapport notamment aux pays scandinaves mais aussi à la Grande Bretagne. Car si par exemple des entreprises scandinaves, quand elles planifient un changement de leur organisation, évaluent ce que le stress généré chez les employés par ce changement va coûter, dans certaines entreprises françaises le sujet même du stress est encore tabou ...
20h, fin des cours. L'un des avantages dans ces écoles, c'est la mise à disposition gratuite et en libre service de journaux économiques, que sont par exemple Les Echos, et La Tribune. Ca donne de quoi lire dans le tramway, le soir. Une fois dans la rame du T2, donc, je commence à lire la Tribune. Les titres parlent tout seul :
- "le baril de pétrole dépasse les 115 dollars"
- "la demande propulse le prix du riz à des niveaux sans précédents" : je vous parlais déjà il y a quelques semaine de la spéculation sur le riz et du cas de l'Egypte : l'inflation atteint +60% depuis le début de l'année, les Philippines cherchent désespérement 1 million de tonne, et les gros exportateurs que sont Chine, Inde, Vietnam, Egypte (1/2 de l'export à eux 4) ont annoncé une baisse voire une suppression de leurs exportations... Le blé est aussi touché, bien sûr, avec +90% depuis 1 an. Il va falloir augmenter l'offre et donc cultiver de nouvelles terres, d'après le directeur du bureau de Bruxelle du Programme Alimentaire Mondial.
- "les denrées alimentaires s'envolent en Allemagne" : +8,6% depuis 1 an...
- "les prix à la consommation dérapent en zone euro" : 3,6% sur un an glissant en mars, dont 6,2% sur l'alimentaire et +11,2% sur l'énergie, mais tout de même 2,7% sans ses deux secteurs, l'objectif de la BCE étant 2%.
- "L'inflation pèse sur l'indice de référence des loyers"
- On ne s'étonne donc pas de voir plus loin : "le libre marché ne fait plus rêver". Un sondage international montre en effet que dans de nombreux pays, l'économie de marché est considérée comme le meilleur système, mais que ce soutien s'érode : -15 pts en Corée du Sud, -14 au Chili, -10 aux USA et en Allemagne, -7 en Grande-Bretagne... Seul un pays se distingue : la France, où le soutien à l'économie de marché a augmenté de 5 points ! Paradoxe qui n'est qu'apparent : la France ne fait que se "normaliser", car elle part de très bas : tandis que tous les pays que j'ai cité ci dessus oscillaient il y a un an entre 60 et 80% de soutien à l'économie de marché, la France était à 36%...
Finalement, j'ai une drôle d'impression après toutes ces lectures. Les faits sont listés, c'est factuel, mais il ne transparait aucun sentiment, aucune émotion. Comme si l'économie se résumait à des chiffres, des tableaux Excel et des cours de bourses. Comme si tous ces gents responsables dont on parle étaient mécaniques, froids, dénués de caractère. Comme si tous ces gens qui analysent, décident, n'étaient finalement pas des Hommes, et que tout celà en fait souffrir d'autres. Bref comme si tout celà n'était pas réel, et que tous ces chiffres alarmistes ne devaient pas nous stresser.
Et paf, alors que le train s'arrête à la station Parc de Saint-Cloud, qu'est ce que je lis page 28 : "le stress au plus haut chez les cadres depuis 2004"...
Le T2 arrive finalement à la gare des Moulineaux, et je sors de ce mauvais rêve pour rejoindre mes pénates...
22:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : inflation, stress, yoga



