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dimanche, 07 juin 2009

Le nucléaire en France : chance ou erreur historique ?

nucleaire_1.jpgOn le sait, en France, le nucléaire est un lobby fort, et la France se targue d'avoir de l'électricité nucléaire, moins polluante en CO2 que les centrales au fuel ou au gaz. Si ce choix des années 60 ou 70 était peut être le bon, il ne faudrait pas qu'aujourd'hui il prive la France de l'opportunité du développement des énergies renouvelables.

Le nucléaire ne serait pas alors une "chance historique", comme l'a dit François Fillon, mais bel et bien une "erreur historique".

C'est le sens du point de vue de Corinne Lepage, vice présidente du Modem, dans Le Monde du 5 juin : 

"François Fillon, lors de sa visite au Tricastin, a qualifié de chance historique le choix nucléaire de la France. Il s'agit plutôt d'une erreur historique, car la situation de 2009 n'a rien à voir avec celle de 1973, mais les conséquences pour notre pays, en termes de responsabilité internationale, risquent d'être historiques.

En 1973, le choix industriel du nucléaire pouvait paraître défendable : la question des déchets et du démantèlement était mal connue et Tchernobyl ne s'était pas produit. Aujourd'hui, les impasses du nucléaire, le coût du démantèlement et les risques sont non seulement connus mais accrus en raison du vieillissement des centrales, de la privatisation, qui ne peut que privilégier la rentabilité au détriment de la sécurité. Mais, surtout, la problématique industrielle n'a plus rien à voir.

L'heure du grand retour du nucléaire dans le monde n'a pas sonné. Les pays industrialisés ne choisissent pas le nucléaire, et si certains envisagent de construire quelques réacteurs, ceux-ci ne compensent même pas ceux qui sont fermés. Le plan Obama ne consacre rien au nucléaire, abandonné depuis de longues années aux Etats-Unis pour cause de non-rentabilité. Au contraire, les investissements dans les énergies renouvelables à l'échelle planétaire ont explosé en 2008 et l'importance des relances vertes en Chine, aux Etats-Unis ou en Corée du Sud (plus de 400 milliards de dollars, soit 283,8 milliards d'euros) démontre la montée en puissance industrielle.

Pour la première fois dans l'Histoire, l'Europe comme les Etats-Unis ont ajouté davantage de capacités de production d'énergies renouvelables en 2008 que de capacités d'énergies classiques. La production d'énergies renouvelables a atteint 280 GW, l'équivalent de trois fois le nucléaire américain. Au total, les investissements dans les énergies renouvelables ont atteint 120 milliards de dollars (+ 16 %) en 2008 et les capacités éoliennes installées 121 GWh, soit la capacité de 100 réacteurs nucléaires (+ 29 %). Le solaire photovoltaïque raccordé au réseau électrique a bondi de 70 % et la production mondiale de cellules photovoltaïques a presque doublé, avec une hausse de 90 % en 2008.

Quant à l'argument selon lequel les énergies renouvelables ne pourraient qu'être subsidiaires, il est purement et simplement faux. Par exemple, l'Australie a annoncé un objectif de 45 térawattheure (TW) d'énergies renouvelables d'ici à 2020. Le Brésil veut accroître la part des énergies renouvelables dans les énergies primaires, où elles représentaient déjà 46 % en 2007. L'Inde vise l'équivalent de 14 centrales nucléaires en nouvelles capacités de renouvelables pour 2012 ; le Japon projette 14 GW de solaire photovoltaïque d'ici à 2020 et 53 GW pour 2030. Les projets de centrales thermosolaires, qui permettent une production massive d'électricité, se multiplient de 250 MW pour les plus petites à 850 MW en Californie et 1 GW en Inde.

Dès lors, le risque avec le choix fait par le gouvernement est triple : industriel, financier, politique.

1 - Industriel : anéantir l'industrie française du renouvelable et de l'efficacité énergétique, qui ne demanderait qu'à se développer, et, du même coup, nous priver du seul domaine de réindustrialisation solide de la France et de création d'emplois. Le même euro dépensé crée 15 fois plus d'emplois dans le renouvelable que dans la filière nucléaire. Il est illusoire de penser que nous développerons simultanément un grand plan de relance du nucléaire et une industrie des énergies renouvelables.

C'est financièrement insoutenable et le modèle ne fonctionne pas : trop d'électricité nucléaire à consommer conduit à réduire les efforts d'efficacité énergétique et à voir EDF refuser de supporter les obligations de rachat à un prix correct de l'électricité issue des énergies renouvelables (EnR). Faute de la politique suivie par les pouvoirs publics, nous ne disposons pas de leader mondial, ni même européen, dans ces secteurs et nous n'en aurons pas si nous ne commençons pas par le marché intérieur.

2 - Financier : imaginer que nos voisins vont se ruer sur l'électricité nucléaire, rien n'est moins sûr. L'électricité verte est encouragée et préférée par les consommateurs, et le pari de vendre plus d'électricité à l'export se heurte, d'une part, aux politiques de réduction de la consommation énergétique (objectif de 20 % d'augmentation de l'efficacité énergétique), et, d'autre part, aux efforts énormes faits par nos voisins pour augmenter leur potentiel d'EnR.

Dès lors, le risque d'échec commercial est considérable, qui vient accentuer une situation financière déjà très fragile du secteur nucléaire ; Areva a un besoin de financement de 11 milliards d'euros, sans compter l'épée de Damoclès que constitue le réacteur EPR de Finlande (dont, au passage, les critiques très sévères faites par les Finlandais sur la conception et la réalisation de l'EPR font frémir), et EDF est dans une situation financière que certains jugent préoccupante. Mais le but n'est-il pas de rendre inévitable la privatisation de tout le secteur pour permettre à des financiers ou à de grandes entreprises comme Bouygues de mettre la main sur les investissements faits de longue date par les citoyens français, rachetant des actions d'entreprises endettées ?

3 - Politique : enfin, et peut-être surtout, ce choix conduit notre pays à se transformer en VRP du nucléaire, en direction de préférence des pays les moins recommandables, dans la mesure où les clients habituels ne sont plus acheteurs. Ce faisant, nous prenons un risque majeur pour la planète entière en termes de Tchernobyl à répétition et de dissémination de produits radioactifs, sans parler des risques de répétition de situations à l'iranienne ou à l'irakienne dans des pays peu stables.

Dès lors, ce choix, qui n'a pas été discuté puisqu'il a été sorti du Grenelle, qui n'a fait l'objet d'aucune évaluation, notamment au regard de l'intérêt des énergies renouvelables, risque d'être un véritable boulet pour l'économie française et de se transformer en erreur historique dont les seuls bénéficiaires pourraient être quelques entreprises en cour, qui pourront élargir leur gamme de produits énergétiques à bon compte."

Voir aussi sur le même thème, un point de vue dans la tribune du 27 janvier.

10:05 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : corinne lepage, nucléaire, énergie, areva, fillon, le monde | |  Facebook

jeudi, 22 mai 2008

Helium 3 lunaire contre le réchauffement climatique ?

1825408545.jpgUne émission sur Arte hier soir m'a fait découvrir une nouvelle source d'énergie possible, enjeu des futures missions spatiales des 15 -20 prochaines années : l'Helium 3 lunaire.

L'helium 3 est présent dans l'espace, car il est émis par le soleil. Mais le champ magnétique terrestre repousse cet hélium 3, qui est donc très rare sur terre : il coûte 4 milliards de dollars la tonne.

Sur la lune par contre, il se retrouve en surface ou très légèrement enfoui sous la surface, en quantité importante  : 1 million de tonnes.

Et grâce à une réaction de fusion nucléaire, 1 million de tonne peut fournir de l'énergie à l'activité humaine pour des centaines d'années, sans déchets radioactifs, sans pollution.

Mais il y a deux problèmes de taille.

D'abord, il faut aller le chercher sur la lune, cet Hélium... Les USA, la Russie, le Japon, et maintenant la Chine semblent s'être lancé dans la bataille, en lançant des programmes d'exploration lunaire dont l'un des objectifs est l'Helium 3.

  • Pas de problème d'eau : les scientifiques ont démontré qu'on peut la produire sur place en chauffant la poussière lunaire. On peut donc même imaginer cultiver.
  • Les expériences menées semblent aussi prouver qu'on peut faire vivre des équipages sur place, même si les conditions sont dures.
  • Le coût est cependant non négligeable : 1 million de dollars la minute sur place ! Pas sûr que celà permette de faire baisser beaucoup le coût de l'Helium 3...

Les Russes annoncent qu'en 2015 ils seront sur place et qu'en 2020 il pourront mettre en place des navettes pour ramener l'Helium 3. Rien du côté des Européens, qui risquent de laisser passer là une occasion, car les premiers arrivés seront sans doute les premiers servis...

Mais ramener de l'Hélium n'est pas tout : il reste à mettre au point les centrales "à fusion" permettant d'utiliser cet Helium 3, et ça ne semble pas si facile. C'est l'enjeu du projet ITER, assez contesté, et qui devrait voir le jour à Cadarache dans le sud de la France. ITER devrait fonctionner avec du deutérium et du tritium, mais le principe est le même qu'avec l'helium 3. La difficulté de ces projets c'est que pour que la fusion ait lieu, il faut chauffer à des températures extrêmes qu'on n'a jamais réussi à générer, ou alors pas avec un bilan énergétique positif (l'énergie générée est inférieure à celle utilisée pour chauffer).

Tout celà pourrait donc voir le jour, mais pas avant 30 ou 50 ans. Et en attendant, on va devoir se passer de pétrole quand même : nucléaire classique, vent, solaire, barrages, géothermie... Mais aussi réduction de nos consommations.

Je me souviens qu'au changement de siècle il y a 8 ans, on nous annonçait un siècle spirituel : j'ai plutôt l'impression qu'il va être environnemental.

11:33 Publié dans Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : helium 3, lune, iter, énergie, fusion, mission spatiale, tintin | |  Facebook