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lundi, 07 avril 2008

Capitalisme, morale et éthique

Dans une interview au Figaro, Michel Rocard déclare que "Le capitalisme est cruel, efficace et instable". Il trouve aussi que depuis quelques dizaines années il est immoral et manque d'éthique, et mentionne par exemple le salaire des dirigeants comparé à celui des salariés. Il fait à mon avis une confusion des genres, ou plutôt des "ordres", pour reprendre le vocabulaire de l'ouvrage "Le capitalisme est-il moral ?" d'André Comte-Sponville, que je vais tenter de résumer.

Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, l'auteur n'y développe pas une théorie selon laquelle le capitalisme serait im-moral c'est à dire contraire à la morale. Ni non plus une théorie selon laquelle il serait moral. Non : pour lui il est a-moral, c'est à dire ignore la morale. Concrètement, il fait une distinction que je trouve éclairante, entre plusieurs "ordres" :

  1. 760024041.jpgl'ordre technico-scientifique : ce qui est vrai ou faux, possible ou impossible. Cet ordre doit être contraint par un ordre supérieur qui lui dit ce qui est autorisé ou non :
  2. l'ordre juridico-politique : ce qui est légal ou pas dans la loi des hommes. Mais on peut être un "salaud" légaliste, il y a donc un ordre supérieur :
  3. l'ordre moral : ce qui est bien ou mal. Comte-Sponville distingue encore deux ordres supérieurs :
  4. l'ordre éthique : ce qu'on aime ou pas
  5. l'ordre divin, propre aux croyants

La charte éthique du Modem se situe un peu aux niveaux 3/4.

La confusion entre les ordres est néfaste, elle peut prendre deux formes : barbarie ou angélisme.

La barbarie c'est le pouvoir d'un ordre inférieur sur un ordre supérieur comme par exemple :

  1. la tyrannie libérale : le capitalisme qui impose sa loi sur le politique (Monsanto qui corromprait des politiques pour imposer les OGM, pure fiction rassurez-vous)
  2. la tyrannie démocratique, qui proclamerait que tout ce qui est légal ou règlementaire est bien, est moral (Etre un salaud légaliste, qui profite des failles du système, ou se retranche derrière de l'administratif pour justifier son immoralité)
  3. la tyrannie du politicien sur le moral (être prêt à tout pour avoir des élus)

L'angélisme c'est la tyrannie d'un ordre supérieur, qui tend à annuler les contraintes d'ordre inférieur, comme par exemple :

  1. L'angélisme politique, qui prend la forme du volontarisme, par exemple vouloir enfouir une avenue en ignorant les contraintes techniques et économiques,
  2. L'angélisme moral, qui consiste à transformer des problèmes politiques en problème moraux, le meilleur moyen de ne pas les traiter sur le long terme. Par exemple ne plus croire en la politique, vouloir tout traiter tout par le biais d'ONG : le racisme ? SOS racisme ; la misère ? Les restos du coeur ; la guerre ? L'action humanitaire, Médecins sans frontières, etc.
  3. L'angélisme éthique, qui prétend annuler les contraintes de la morale voire des trois premiers ordres au nom de l'amour. C'est par exemple l'idéologie Peace and Love des années 70.

Ainsi poser la question "le capitalisme est-il moral" comme le fait indirectement Michel Rocard, c'est mélanger le premier ordre au troisième, et court-circuiter au passage l'ordre politique. Or le capitalisme n'a que faire de la morale, et c'est normal : le but des acteurs du marché en tant que tels est de de faire du profit, "créer de la valeur". Le marché capitaliste (financiers, entreprises, actionnaires, investisseurs...) non biaisé par de la corruption ou une situation de monopole est guidé par ce que les clients demandent, dans le respect des lois. Pas par la morale ou l'éthique. Toyota ne fait pas de voitures hybrides par éthique, mais bien car il espère avoir une clientèle pour celà.

Individuellement, chacun d'entre nous oscille en permanence entre les logiques de ces 4 ou 5 ordres, c'est ce qui fait la difficulté des décisions. Distinguer les ordre et éviter les "barbaries" ou l'angélisme me semble souvent salutaire.

12:12 Publié dans Gouvernance | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : capitalisme, morale, éthique, comte-sponville, rocard | |  Facebook

lundi, 24 mars 2008

Proposition Baguet n°5 : un tableau de bord

Il s'agit de la proposition n°5 du programme municipal 2008 de l'UMP: "Rendre compte de l'action municipale par l'élaboration d'un tableau de bord".

Autant le dire tout de suite : je suis favorable à cette mesure sur le principe.

Souvenez-vous, il y a quelques temps, le gouvernement avait lancé cette même idée pour suivre la performance de chaque ministère. Tollé dans l'opposition, y compris dans les rangs de François Bayrou. J'avais à l'époque rédigé la note suivante, je profite de la création de ce blog pour y revenir.

Introduction

Le gouvernement vient d’annoncer la décision de mettre en place des indicateurs pour évaluer ses actions, indicateurs définis et suivis pour chaque ministère. S’en est suivi un –relatif- tollé dans l’opposition et au Modem, où on dénonce « infantilisation » et « différence entre la France et une entreprise ». Je me permets d’être un peu surpris, et expose ci-après mon analyse.

En premier lieu, revenons sur les termes. On lit aujourd’hui que ces indicateurs serviront à « évaluer les ministres ». Je ne sais pas d’où vient la formule « évaluer les ministres », i.e. si le gouvernement l’a lui-même utilisé. Mais si ce terme semble clairement maladroit, F. Fillon a vite précisé qu’il s’agissait simplement d’utiliser quelques indicateurs clefs pour piloter l’action et infléchir la politique si les résultats attendus n’arrivent pas. Il ne s’agit donc pas d’évaluer des personnes, mais les actions de ces personnes.
Autrement dit une fois l’itinéraire tracé (le programme gouvernemental), il s’agit de mettre en place une sorte de GPS pour vérifier qu’on est bien sur la bonne route. Mais venons-en maintenant aux critiques, trouvées sur Internet.

La première critique : et l'évaluation du président ?

Commençons par la seule qui pour moi ait un sens : « le seul qui n’est pas évalué finalement avec cette méthode, c’est Nicolas Sarkozy lui-même » (et son premier ministre, mais on oublie tellement vite qu’il existe…).
La critique peut s’appliquer à François Fillon, mais plus difficilement à Nicolas Sarkozy, dont le poste est un poste d’élu et donc par définition « évalué »  par le peuple tous les 5 ans. Par ailleurs si les ministres atteignent leurs objectifs mais que les français ne sont toujours pas plus heureux, il serait clair que ce serait le président qui serait en cause.

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Proposition d'indicateur pour le tableau de bord presidentiel :
le nombre de spermatozoïdes par éjaculat.
"Quand on aime on ne compte pas", aurait déclaré Carla.

La seconde critique : infantilisant ?

La seconde critique est  par exemple celle de François Bayrou : la démarche serait  « infantilisante », on aurait l’impression de se retrouver sur les bancs de l’école…  Je formule les 5 objections suivantes à cette critique : 

  1. Infantilisant ou pas, en tant que citoyen je suis demandeur de données un peu factuelles, claires, autres que de l’enfumage littéraire embrouillant, sur ce que font les politiciens que j’ai élus.
  2. A la différence de l’école qui évalue l’acquisition d’un savoir par une personne, ici on évalue les effets de certaines actions. Et les effets de ces actions ne dépendent pas que de la qualité des ministres, mais aussi de l’évolution du contexte : une décision l’année N peut être remise en cause ou nécessiter un ajustement l’année N+1 suite à un événement externe et imprévu, ou à une erreur de jugement lors des prévisions.
  3. Il y a quelques temps, le ministère des finances sous l’impulsion de Thierry Breton avait créé un tableau de bord de l’économie pour mesurer la performance de la politique économique : je ne crois pas qu’à l’époque l’opposition se soit révoltée à cette annonce. Le dit tableau de bord est d’ailleurs consultable sur le site du ministère des finances : la mesure proposée aujourd’hui n’est ainsi qu’une généralisation d’une mesure que l’un des ministères avait prise de sa propre initiative pour auto-évaluer sa propre politique.
  4. Plusieurs municipalités ont décidé de mettre en place des « compteurs carbone », ou différents indicateurs de suivi des émissions polluantes de la ville : qu’est ce que c’est sinon mesurer l’efficacité du maire adjoint chargé de l’environnement ? S'en offusque-t-on ?
  5. Je ne pense pas que tous les chefs d’entreprise qui mettent sous surveillance la qualité de leurs produits, les coûts de production, les délais de livraison, etc, à l’aide d’indicateurs, « s'infantilisent ». Ils pilotent leur actions. Et je ne pense pas non plus que les mêmes se sentent « infantilisés » lorsqu’ils soumettent chaque année aux analystes leurs résultats financiers et leurs rapports de développement durable avec force détail et force chiffres.

La dernière critique : la France ne se gère pas comme une entreprise1126272873.jpg

La dernière critique est liée au point 5 précédent qui compare avec le monde de l’entreprise : "la France ne se gère pas comme une entreprise". C’est vrai, car l’objectif n’est pas le même. Mais pourquoi s’interdire d’utiliser des méthodes similaires appliquées à des objectifs différents ? La critique est un peu trop générale et « dogmatique » pour être recevable.

Au fond, que dévoilent ces critiques ?

Elles traduisent à mon sens deux craintes.

La première, c’est la crainte d’une corporation, celle des politiques, habituée depuis quelques temps à ne s’auto-évaluer que via de multiples sondages d’opinion, qui ont deux avantages : ils permettent de se tailler une popularité sur une image ; d’autre part ils sont facilement  manipulables suivant la façon dont les questions sont posées, le moment où ils sont réalisés, etc. Ils sont en tout cas plus contestables que des indicateurs factuels, qui même imparfaits et tout aussi sujets à la manipulation, sont un peu plus rationnels que des sondages d’opinion. Entretenir le flou permet de conserver plus de marges de manœuvres ; se prêter à l’évaluation factuelle sur des résultats annoncés et mesurables précisément est un acte de courage car il peut se retourner contre vous.

La seconde crainte, c’est celle d’une certaine dérive vers un fonctionnement « mécaniste », où l’intuition disparaitrait. La politique en France a une tradition littéraire, qui préfère aux graphiques et aux chiffres la beauté et le flou de quelques envolées lyriques, bien tournées mais floues. Pourtant cette crainte de mécanisation n’est pas fondée. Demandez à un chef d’entreprise qui nage dans les chiffres et les rapports en tout genre, s’il trouve que son activité est « mécanique », ou si tel chef d'entreprise lorsqu’il a décidé de fermer une usine ou lancer un nouveau produit, n’a pris en compte que les chiffres qui lui étaient fournis. Sûrement pas. Les chiffres sont un support indispensable, mais ils ne sont pas tout.

Enfin, ces critiques mettent en lumière aussi un côté très Français : le culte de l’idéologie, du concept, de la théorie, mais une moindre performance dans l’action. Combien de fois des politiques ont-elles été lancées à grand renfort de tapage médiatique et non suivies dans le temps et encore moins exécutées jusqu’au bout faute des ajustements nécessaires et d’un suivi transparent de son avancement, voire d’une première phase d’expérimentation avant sa généralisation ? Un PDG d’une grande société multinationale, qui a bien raison, a coutume de dire que l’idée c’est 10-20% du travail, et la mise en œuvre 80-90% : si on a une idée quelconque, et qu’on la met bien en œuvre, on obtient un résultat, qui peut être bon ou mauvais ; tandis que si on a une idée géniale mais qu’on ne la met pas bien en œuvre, on n’a aucune chance d’avoir un bon résultat.

Conclusions

Les critiques sur le principe même de la mise en place d’indicateurs ne me semblent pas justifiées. Je trouve même l’initiative du gouvernement plutôt bonne sur le plan de la méthode, car cela va potentiellement dans le sens de plus de clarté et de transparence. Potentiellement seulement, car il ne faut pas se leurrer : on peut aussi manipuler les indicateurs.

Le débat devrait donc avoir lieu sur :

  1. le choix,
  2. la définition précise
  3. les méthodes de mesure
  4. les objectifs associés à ces indicateurs.

Mais dans la tête des politiques, et celle des médias aussi, ce débat assez technique intéresse sûrement assez peu les électeurs, en tout cas moins que les aventures de Carla et Nicolas.

15:10 Publié dans Démocratie boulonnaise, Gouvernance | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indicateurs, tableau de bord, carla | |  Facebook